• Alexandra G.

La promiscuité, oui, l'intimité, non.



Dernièrement, le monde du yoga n’a qu’un sujet à la bouche, et des plus brûlants : le documentaire révélant les agissements de Bikram Choudury.

Que l’on adhère ou non à sa méthode, là n’est pas la question : c’est l’homme, son ego et son sens de la démesure, dérivant vers l’absence de considération d’autrui, au point de faire face à des accusations de viol, qui y sont exposés sans détour.

Certains extraits sont sidérant, insensés. Difficile d’imaginer que tant de gens aient pu l’encenser, désirer apprendre à ses côtés. On entend parler de son charme, de son don pour le divertissement, et c’est là le constat le plus glaçant au final : les monstres ne sont jamais uniquement des monstres, évidemment - ils avancent plus ou moins bien masqués, jouent la comédie, séduisent, rusent et détournent agilement l’attention. Quand on se risque à regarder sous le lit, ils ont déjà décampé.


La question du rapport enseignant-élève se pose alors, plus que jamais, concernant les ajustements : à quel moment le toucher, l’intervention, l’encouragement, l’information que l’on amorce empiètent sur le territoire d’autrui ?

En Katonah yoga, et notamment en atelier ou en cours particulier, les ajustements sont non seulement nombreux mais aussi... exubérants, pourrait-on dire. La promiscuité est de mise, mais jamais gratuitement : le poids de notre corps, l’appui, ancre davantage celui de l’élève, l’aide à prendre conscience de la juste direction à emprunter. Nos mains s’impliquent, mais nos pieds aussi, notre bassin, notre tête, même parfois... Nous devenons outil, à part entière.

C’est là, à mon sens, l’un des aspects de cette pratique qui la rend si unique et ludique, la façon dont elle met l’accent sur le collectif, le partage, la nécessité d’entrer en contact avec autrui, tant que cela ne frôle aucunement avec l’intrusif, l’ambigu, ni ne ressemble à une quelconque forme de domination.

Le fait qu’une femme - Nevine Michaan - soit à l’origine du Katonah yoga, s’avère, quelque part, rassurant : le risque de voir la ligne franchie est soudain moindre, aussi cliché cela puisse t-il sembler.



Tous ces remous, toutes ces vagues, outre leur rôle évident, pour qu’affleure enfin à la surface ce qui demeurait dans l’ombre, ont également pour mérite de nous rappeler que nous sommes là pour prendre soin de nos élèves avant tout.


Certains professeurs considèrent, d’une façon presque Nietzschéenne, qu’il s’agit de tirer vers le haut coûte que coûte, quitte à ce que cela s’esquisse parfois douloureusement, mais pour ma part, je ne peux m’aligner avec cette façon de voir les choses. Nous n’avons pas à imposer : nous proposons, suggérons, nous encourageons. Notre savoir ne doit en aucun cas devenir un vouloir, un pouvoir. La pratique doit offrir refuge, un espace libre, sécure, pour que l’évolution se fasse naturellement ; dans l’effort, certes, mais un effort que l’élève choisit, rencontre de lui-même, et surtout - surtout - à son rythme.

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